Musiques électroniques et sciences sociales : le programme

Entrée Libre

Jeudi 25 juin 2015

Matin : 105 Bd Raspail, Paris 6e, Salles 7 – 8

10h20 : Accueil

10h45 : Mot d’ouverture par les organisateurs

Axe 1 : Techniques, outils, instruments (modération : Nicolas Donin, Ircam, CNRS-STMS-UPMC)

11h00 : Bastien Gallet (écrivain, critique, enseignant à la Haute école des arts du Rhin), « Le club comme paradigme : technologie, espace, mouvement »

Les musiques électroniques sont des arts en situation. Il faut, si l’on veut les penser, analyser chacun des éléments qui les constituent : les technologies qu’elles mettent en œuvre, le public auquel elles s’adressent, les lieux dans lesquels elles se produisent, le matériau qu’elles travaillent et les gestes qu’elles inventent. Étudier ces musiques suppose donc une organologie, une sociologie, une musicologie (qui est aussi une étude du mouvement et des manières dont les corps l’incarnent) et une spatiologie (étude des architectures d’ambiance, de l’espace intérieur tel qu’il est construit et modulé par les sons et les lumières). Tous ces éléments ne se sont pas rencontrés et ajointés par hasard, n’importe quand et n’importe où. Et ils ne se sont pas ajoutés les uns aux autres peu à peu et arbitrairement. C’est pourquoi il faut revenir au moment et aux lieux où cet art inséparablement musical, spatial, social, multisensoriel et technologique s’est inventé. C’est pourquoi il faut repartir du club et plus spécifiquement de ces années où le club s’est constitué comme distinct de la discothèque : entre 1969 et 1975 à New York. A condition toutefois de ne pas penser le club comme un lieu mais comme un dispositif social et esthétique, autrement dit comme un lieu (sa situation sur la carte urbaine et les architectures qu’il investit et détourne sont tout sauf indifférents), un espace social (où signes et codes n’auront cessé de s’énoncer et de s’inventer) et un instrument (de l’art musical des DJs).

12h00 : Grégoire Lavergne (doctorant à l’EHESS, Paris), « Comment improvise-t-on avec des instruments électroniques ? »

12h30 : Lucile Relexans (étudiante à l’Université de Rennes), « L’influence de la machine sur les batteurs dans le contexte rap des années 1990 »

13h00 : Déjeuner

Après-midi : 105 Boulevard Raspail, Paris 6e, Amphi F. Furet

14h15 : Geert Bevin (musicien, informaticien, société Uwyn) « L’expressivité instrumentale dans la musique électronique »

Quand on pense à un instrument de musique, on a en tête la transmission corporelle et visuelle d’une émotion musicale, le partage de sentiments dans un moment unique avec son public. La musique électronique semble entretenir un rapport au corps plus distancié en mobilisant des boucles, des séquences et des événements sonores préprogrammés. Grace aux avancées technologiques, nous sommes maintenant à un point où de nouveaux contrôleurs permettent le même type de ressenti que le jeu sur des instruments traditionnels. Cette présentation retracera l’origine instrumentale de la musique électronique et donnera un aperçu de son évolution. Pour finir, des démonstrations de nouveaux instruments tels que le LinnStrument, l’application Animoog et le Leap Motion illustreront qu’un nouveau monde d’expressivité est bel et bien arrivé.

Axe 2 : Acteurs et communautés, impacts sociaux et discours sur les musiques électroniques (modération : Stéphane Dorin, Université de Limoges)

15h00 : Entretien avec Jeff Mills (conduit par Mathieu Guillien, Université Paris III – Sorbonne Nouvelle) 

15h45 : Jean-Christophe Sevin (Université d’Avignon, Centre Norbert Élias) : « La techno, ses amateurs et ses groupes : circulation des théories et appropriations musicales »

Les sciences sociales ont réagi de manière générale à l’émergence des musiques électroniques de danse – communément appelées « techno » en France – par une discussion de la dimension collectiviste ou individualiste d’un phénomène social posé en révélateur d’un nouvel état des sociétés contemporaines. On analysera dans un premier temps les différentes conceptions des groupes et des modalités d’adhésion ainsi que leurs circulations entre la France et l’Angleterre qui présentent deux paysages de recherche contrastés. Dans un second temps on examinera en quoi les apories des caractérisations opposées – puissance intrinsèque de socialisation versus art du vide ; renouveau politique versus socialité postmoderne, etc. –, éclairent la manière dont ces musiques ont mis en échec les analyses routinisées des musiques populaires.

16h45 : Pause

17h00 : Samuel Lamontagne (étudiant à l’EHESS, Paris) : « La beat-scene de Los Angeles, émergence réciproque d’une identité musicale et d’une ville »

17h30 : Edgar C. Mbanza (Doctorant à l’EHESS, Marseille) : « Le micro, les griots et les DJs : ethnographie d’une tuur, performance techno-musicale ordinaire en banlieue sénégalaise »

18h00 : Otso Lähdeoja (chercheur post-doctoral de l’Académie des Sciences à l’Université des Arts à Helsinki, Finlande) : « Transformations du fait musical par le numérique – une approche ontologique »

Vendredi 26 juin

105 Boulevard Raspail, Paris 6e, Amphi F. Furet

Axe 3 : Pratique des arts numériques multimédia (modération : Frédéric Bevilacqua, Ircam, CNRS-STMS-UPMC)

9h30 : Accueil

10h00 : Romain Barthélémy (musicien, designer sonore) : « La conception des interfaces sonores numériques »

L’écoute quotidienne des sons est un sujet traditionnellement peu traité. Nous utilisons pourtant en permanence nos perceptions auditives, plus ou moins consciemment, pour interagir avec notre milieu. Lorsqu’il sonifie les interfaces numériques, le designer sonore s’adresse à cette écoute quotidienne afin d’améliorer notre expérience de l’interface, de faciliter nos interactions et d’inventer de nouvelles formes de dialogue homme-machine. Bien que l’esthétique soit un facteur essentiel de la confection des interfaces sonores, les usages sonifiés deviennent déterminants, à la fois dans le choix des morphologies sonores mises en œuvre et dans la conception de l’interactivité sonore.

11h00 : Andrea Giomi (Doctorant, Université de Nice Sophia-Antipolis) : « L’incorporation du geste audiovisuel. Pour une phénoménologie du corps virtuel à partir de l’analyse de processus de création numérique »

11h30 : Pause

11h45 : Lola Salem (ENS, Lyon) : « “A man in a (machine) room” : enjeux de l’opéra électronique »

12h15 : Clarisse Bardiot (Université de Valenciennes) : « Étude génétique des arts de la scène et visualisation de données »

Avec l’émergence de vastes corpus de documents numérisés et nativement numériques, nous sommes de plus en plus souvent confrontés à un nombre très important de données, ce qui remet en question les méthodologies de la recherche existantes. Les artistes et leurs équipes conservent sur des disques durs une grande partie des traces de leurs œuvres (captations vidéo, photographies, textes, revues de presses, programmes informatiques, etc.) et de leur genèse (correspondance par email, carnets de notes, vidéo et photographies des répétitions, documents de recherche, etc.). Dès lors, comment retracer un processus de création à partir de centaines, voire de milliers de documents ? En quoi la visualisation de données peut-elle contribuer à l’analyse du dossier génétique d’une œuvre ? Nous évoquerons ces questions à partir de la conception et du développement du logiciel Rekall, un environnement open-source pour documenter, analyser les processus de création et simplifier la reprise des œuvres, en particulier dans le champ des arts de la scène.

13h15 : Déjeuner

Après-midi : Bilan et discussion réflexive (modération : Mathieu Guillien, Université Paris III – Sorbonne Nouvelle)

14h30 : Première table ronde : Les musiques électroniques sont-elles un modèle implicite pour les arts numériques ?

15h30 : Seconde table ronde : Quelles sciences sociales pour les musiques électroniques ?

16h30 : Clôture des journées

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Appel à communications : Musiques électroniques et sciences sociales

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« Musiques électroniques et sciences sociales : technologies, discours, pratiques »

Jeudi 25 et vendredi 26 juin 2015,

EHESS, 190-198 Avenue de France, 75013 Paris

Argumentaire

Les journées d’études « Musiques électroniques : technologies, discours, pratiques » sont organisées dans le cadre du 40e anniversaire de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et s’inscrivent dans la thématique fléchée « Recherche et expérience de la créativité : arts, techniques, sciences ». Celle-ci met en tension deux pôles qui se conditionnent et se questionnent réciproquement : comment les activités créatrices s’approprient-elles les innovations technologiques, et réciproquement, dans quelle mesure ces dernières déterminent-elles la création ? Ces journées prendront pour objet les musiques électroniques, qui constituent l’une des pratiques artistiques les plus significatives lorsqu’il s’agit de faire se rencontrer expérience créatrice et technologies, approche scientifique et enjeux esthétiques. Le syntagme pluriel « musiques électroniques » suppose des usages multiples de la technologie, et sert aussi bien à nommer la musique savante électroacoustique, la techno et ses nombreuses ramifications ou encore la performance scénique multimédia.

Or, si l’approche musicologique de la musique savante a cours depuis quelques centaines d’années et que la sociologie de la musique existe depuis le premier quart du xxe siècle, il a fallu attendre l’émergence, dans les années 1980, des popular music studies pour qu’une considération scientifique des musiques à forte notoriété publique soit mise en place. D’autres approches, strictement musicologiques, psycho-anthropologiques ou sanitaires et sociales ont également contribué à faire connaître les musiques électroniques dans la communauté scientifique. Ces travaux restent, dans une certaine mesure et malgré leur impact notable, incomplets. En effet, la multiplicité des perspectives par lesquelles les musiques électroniques peuvent être abordées appelle résolument une approche transdisciplinaire.

On constate ainsi que la nécessité d’appréhender transversalement l’objet « musiques électroniques » entraîne un renouveau épistémologique dans les pratiques de recherche en sciences sociales qu’on cherchera à circonscrire au cours de ces journées.

Techniques, outils, instruments : l’évolution informatique

Très souvent concentrés autour de l’ordinateur, les appareils mobilisés pour le jeu musical en temps réel des musiques électroniques invitent à un questionnement en deux étapes. L’articulation du processus de création et des moyens technologiques en est la première. Dans un second temps, ces instruments doivent s’inscrire dans l’espace scénographique de manière appropriée et peuvent subir des évolutions morphologiques ou logicielles pour s’y conformer. Or, le passage au numérique produit une rupture dans le rapport du corps à l’instrument, questionnée par la musicologie depuis une vingtaine d’années seulement. Les répercussions ne se limitent pourtant pas à la seule musique et touchent par exemple la sphère chorégraphique. En quoi consiste alors précisément cette rupture et quelles nouveautés fait-elle émerger à l’ère numérique ?

Les objets dématérialisés produits par l’outil informatique, du fait de leur nature singulière rendant possible leur duplication infinie sans les dégrader, sont plus ou moins directement questionnés par la plupart des disciplines des sciences sociales, au premier rang la sociologie des techniques et les digital humanities ou, dans un champ disciplinaire plus large, les sciences de l’information et de la communication. Puisque les fichiers numériques deviennent des données de recherches qui éclairent les échanges sociaux, les rapports aux objets technologiques ou aux pratiques de lecture, il sera fructueux de confronter les méthodes d’analyse et les stratégies disciplinaires en usage dans ces champs scientifiques à celles qui entourent habituellement les musiques électroniques.

Acteurs et communautés des musiques électroniques : impacts sociaux et discours

Depuis le début des années 1980, la démocratisation de l’accès aux appareils servant à produire les musiques électroniques s’est développée de façon croissante et constitue l’occasion, pour chacun, d’exprimer sa sensibilité propre. Le statut du musicien devient équivoque, du fait de la mince frontière séparant le professionnel de l’amateur. Il existe en effet de nombreux qualificatifs pour désigner ceux qui pratiquent la musique avec ces dispositifs : « producteur », « DJ », « beatmaker » ou « performer » en sont des exemples. Des outils méthodologiques adéquats ont-ils été conçus pour prendre acte de ce changement de statut social du musicien et dans quelle mesure peuvent-ils conduire à des résultats concluants ?

La diversité des styles populaires qui se développent depuis bientôt quarante-cinq ans fédère des communautés et fait apparaître des modes et des allures. Une symbolique du corps et la constitution d’un univers pictural porteur de valeurs technophiles, récréatives, politiques ou sexuelles, ont pu permettre la reconnaissance entre individus et la construction d’un sentiment d’appartenance au même groupe. Dans une posture réflexive, les modalités de l’enquête ethnographique, propre à l’anthropologie mais aussi à l’ethnomusicologie, seront abordées à l’aune de ces disciplines afin d’en proposer une synthèse efficiente quant à notre objet.

Une esthétique des arts numériques multimédia

La collaboration de musiciens avec d’autres artistes se chargeant de la partie visuelle, exploitée de longue date dans la forme opératique ou théâtrale, permet de superposer les sources de perception sensorielle de l’œuvre. L’informatique autorise la combinaison de signaux audio et vidéo, déclenchés et modulés par le performer ou le public lui-même. La pratique des live visuals ou du cinéma abstrait, qui remonte aux années 1920, a conditionné l’avènement, autour de 1970, du statut du VJ (Video-Jockey). La plupart des concerts de musiques électroniques est augmentée de pistes vidéoprojetées : la salle de concert entière devient alors espace de représentation de l’œuvre. Les deux formes artistiques – qui n’en forment finalement plus qu’une – convergent en déployant des univers synesthésiques et tour à tour futuristes (images de l’espace et usage de sons mécaniques), numériques (musique qui semble dysfonctionner assortie d’une imagerie abstraite et pauvre en couleurs) ou autoréférentiels (pulsation graphique et sonore simultanées).

On ne peut que constater le saut qualitatif qui étend la forme du concert en immergeant le spectateur dans une structure polysensorielle impliquant non seulement l’ouïe et la vue mais aussi le toucher (réception haptique des volumes élevés). On se trouve ainsi confronté à un type de manifestation artistique hybride, sorte d’œuvre numérique « totale » dont les effets sont multiples sur le spectateur, appelant un renouvellement profond de l’approche esthétique de ce type de productions. On ne saurait donc se passer des apports de l’anthropologie visuelle ou des arts du spectacle, dont le développement a conduit à l’élaboration outils d’analyse de la vidéo, de la disposition scénographique et de l’organisation de l’espace de représentation.

La complexité de la nature des musiques électroniques requiert la convergence collaborative des savoirs et des méthodes, sous peine de ne pas mesurer pleinement les transformations profondes qu’elle opère non seulement sur le monde mais aussi sur la manière de pratiquer les sciences sociales aujourd’hui.

Calendrier

Les propositions de communications devront être envoyées au plus tard le 30 avril 2015 à journeesmusiqueselectroniques@gmail.com. Après évaluation, la notification d’acceptation sera donnée le 15 mai 2015. Les propositions d’une page maximum comporteront un titre et un résumé de la communication proposée, le nom de l’auteur, son institution de rattachement et une brève biographie. Ils seront envoyés en format .doc.

Programme

Chaque demi-journée sera articulée autour de l’intervention d’un conférencier expérimenté (ou un professionnel de la musique) sur un axe de l’argumentaire. Il sera également modérateur de la discussion et des communications de son panel. Parmi les conférenciers invités, Bastien Gallet, Jean-Christophe Sevin, Clarisse Bardiot, Mathieu Guillien et Geert Bevin ont confirmé leur présence.

Un concert public clôturera la première journée, pour lequel les participants bénéficieront d’un tarif privilégié. Les musiciens participeront à une table ronde l’après-midi du vendredi 26 juin.

Les entretiens, les communications et les démonstrations d’instruments seront filmés et montés sous forme d’un documentaire qui sera diffusé sur les réseaux sociaux et (ou) hébergé sur un site Internet dédié. Une sélection de textes et une introduction inédite seront soumises à une revue à comité de lecture en vue de la publication d’un numéro thématique

Organisateurs

Baptiste Bacot (EHESS, CAMS – IRCAM) et Frédéric Trottier (EHESS, Centre Georg Simmel).

Comité scientifique

Marc Chemillier (CAMS, EHESS), Nicolas Donin (STMS, IRCAM) Mathieu Guillien (Paris III, Sorbonne Nouvelle), Denis Laborde (EHESS, Centre Georg Simmel, IIAC).

Contact

journeesmusiqueselectroniques@gmail.com

Partenaires

École des Hautes Études en Sciences Sociales

Centre d’Analyse et de Mathématique sociale, EHESS-CNRS

Centre Georg Simmel, EHESS-CNRS

Laboratoire Sciences et Technologies de la Musique et du Son, IRCAM-UPMC-STMS